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Emploi  2011 : la reprise s'accélère pour les cadres

Le marché de l’emploi des cadres et jeunes diplômés

prévisions de  recrutement 2011 pour les cadres.

L'année dernière a été marquée, selon l'Apec, par une forte reprise des recrutements. Une nouvelle progression est attendue en 2011 dans tous les secteurs, dont seuls les jeunes diplômés profiteront peu.

Dans un marché de l'emploi qui globalement demeure déprimé, celui des cadres fait désormais figure d'exception. Après une année 2009 désastreuse, la tendance s'est brutalement inversée en 2010. «Avec 164.600 recrutements, soit une hausse de 15%, l'année a été bien meilleure que prévu», a annoncé, hier, Jacky Chatelain, directeur général de l'Association pour l'emploi des cadres (Apec).

Selon lui, ce résultat inattendu, qui a entraîné 16.400 créations nettes d'emplois (500 seulement en 2009), s'explique en grande partie par la prudence dont les entreprises avaient fait preuve dans leurs prévisions d'embauches, fin 2009, en raison du contexte économique.

Cette reprise devrait se poursuivre. Selon l'enquête annuelle de l'Apec, les embauches de cols blancs en 2011 oscilleraient entre 169.000 (+3%) et 181.000 (+10%). «La fourchette haute est la plus probable, car il existe une forte corrélation entre l'emploi des cadres et les investissements des entreprises, souligne Jacky Chatelain. À cet égard, les pôles de compétitivité, le crédit impôt-recherche et la régénération du tissu économique dans les hautes technologies ont un effet positif.» Fait notable: alors que depuis le début de la crise les intentions d'embauche des entreprises portaient surtout sur le remplacement de départs, deux sur trois au premier trimestre 2011 concernent des créations de postes. À l'exception de la construction, tous les secteurs connaîtraient cette année une hausse des recrutements, en particulier l'industrie et les services.

 

Bénéfique pour les régions

Après avoir été touchée de plein fouet par la crise, l'industrie serait tirée par la construction aéronautique et navale, la mécanique, la métallurgie, les équipements électriques et électroniques. Quant aux services, véritables «poids lourds» (70% des recrutements à eux seuls), leurs bonnes performances s'appuieraient sur le dynamisme des activités informatiques, de l'hôtellerie-restauration et de la banque-assurances.

La grande majorité des régions devraient également bénéficier de ce nouvel entrain, en particulier l'Île-de-France et la région Rhône-Alpes, mais aussi la Picardie et la Haute-Normandie, qui avait été très affectée par la crise.

Si les jeunes diplômés ont bénéficié du retournement du marché de l'emploi (33.700 recrutements en 2010 soit +17%), il ne faut pas s'attendre, pour autant, à des miracles cette année. «Les cadres confirmés et les jeunes cadres devraient rester les plus courtisés par les recruteurs, tandis que les débutants, avec 36.500 embauches prévues, seraient encore à la traîne», déclare Pierre Lamblin, directeur du département études et recherches de l'Association pour l'emploi des cadres (Apec).

Pour le moyen terme, deux scénarios se dessinent, selon l'Apec. Si tous deux prévoient un volume d'embauches en 2012 assez voisin de celui de 2011, ils diffèrent ensuite sur le rythme de la croissance des recrutements de cadres. Dans le premier cas (hypothèse basse), ils atteindraient le chiffre de 208.000 en 2015. Dans le second (hypothèse haute), ils monteraient à 230.000. Et reviendraient alors, enfin, à un niveau supérieur à celui d'avant la crise.

Par Bertrand Le Balc'h 16 / 02 / 2011

 

« Le redémarrage du marché de l’emploi cadre interviendra en 2013 »


Jacky Chatelain est directeur général de l’Association pour l’emploi des cadres (APEC)

Capital.fr : Le ministère du Travail a publié de mauvais chiffres du chômage pour le mois de janvier 2009. Quelle est la proportion de cadres parmi les 90 200 nouveaux inscrits à Pôle emploi

Jacky Chatelain : Nous n’aurons les chiffres officiels que d’ici trois à quatre semaines mais les réductions d’effectifs concernent surtout les intérimaires et les personnes en CDD. Les cadres sont plus légèrement atteints. Pour s’en sortir les entreprises vont devoir lancer de nouveaux produits et elles ont besoin de cadres, notamment dans le secteur de la recherche et développement où 30 000 personnes devraient être recrutées. Au total, nous prévoyons environ 165 000 recrutements de cadres en 2009.Nous assistons à une transformation de la structure de l’emploi et il y aura de moins en moins d’emploi non qualifiés. On ne le dira jamais assez : il faut faire des études ! Les entreprises vont passer quelques années difficiles mais elles vont avoir besoin de gens qualifiés.

Capital.fr : Vous n’envisagez pourtant l’amélioration du marché du travail qu’à l’horizon 2013…


Jacky Chatelain : Les emplois cadres sont tributaires de la dynamique de l’investissement des entreprises. Or pour 2009 et 2010, l’investissement va chuter. Historiquement les sorties de cycle récessif sont progressives et il y aura une période de quasi stagnation des recrutements en 2011-2012. En nous basant sur les prévisions de croissance européenne nous estimons que le vrai redémarrage du marché interviendra en 2013. Mais j’aimerais beaucoup me tromper. On ne sait jamais, si demain sont mises en place des mesures de politique publique significatives …

Capital.fr : Les mesures du plan de relance par l’investissement ne vous semblent pas significatives?

Jacky Chatelain : Quelles mesures ? Le discours est volontaire mais il n’est pas suivi d’effets ! Charles de Gaulle disait qu’une politique ne vaut que par ses moyens. Mais où sont les moyens ? Je suis d’accord avec l’analyse de fond qui est faite de la crise, mais il faut vraiment soutenir l’investissement. Les mesures du plan auront certainement un effet à court terme sur la trésorerie des entreprises mais c’est tout. Quant à la fin de la taxe professionnelle ? Elle est programmée pour 2011 ! Or la sortie de la crise et le redressement du marché du travail passe par les entreprises. Le plan de relance est clairement insuffisant. Sans parler du désengagement européen qui est pathétique.

Capital.fr : Et la proposition de la CFDT de mettre en place un fonds social pour soutenir la formation ?

Jacky Chatelain : Ce que propose la CFDT est intelligent. Cela ne date pas d’hier et je trouve dommage qu’il faille arriver à de telles extrémités pour que les bonnes idées soient prises en considération. Cela dit, il faut profiter de la crise pour mesurer l’ampleur du problème de la formation des salariés. Les cadres qui bénéficient généralement d’un bon bagage ont moins besoin d’acquérir de nouvelles connaissances et seront peu concernés par ce fonds. Leur problématique est davantage le transfert des compétences et la reconversion pour les seniors qui ont effectué toute leur carrière dans la même entreprise. A ce jour il n’existe pas d’outil pour les y aider. Je regrette aussi que ce fonds ne s’intéresse pas à la formation initiale. Il vise encore la formation continue et je pense que nous devrions arrêter de multiplier les séances de rattrapage. Enfin, tout ceci n’est encore qu’à l’état de projet. Une fois encore la question du financement n’est pas réglée. Mais je pense que si nous pouvons supporter des déficits pour des choses inutiles, on peut en supporter pour des mesures efficaces…

Capital.fr : Les spécialistes du recrutement parlent volontiers de la guerre des talents que se livrent les entreprises. Est-ce la réalité ?

Jacky Chatelain : Je suis méfiant quant aux discours des recruteurs sur les « hauts potentiels ». Les entreprises sont effectivement confrontées à des difficultés de recrutement, et il existe une compétition sur l’innovation. Mais avant de recruter des compétences, on embauche des hommes et des femmes qui ne sont pas bons en permanence, ni innovants toute leur vie. C’est d’ailleurs pour cela que les jeunes diplômés ont actuellement une carte à jouer. Leurs compétences sont de plus en plus reconnues notamment en ce qui concerne les universitaires. Il y aura 165 000 postes à prendre en 2009. Bien sûr les entreprises recherchent toujours en priorité un cadre avec trois ans d’expérience. Sauf qu’en 2009, ce cadre là ne sera pas disponible car il ne souhaite pas courir un risque en quittant son entreprise pendant la crise. De mémoire d’Apec, les intentions de mobilité n’ont jamais été aussi faibles que cette année. Il existe donc une ouverture pour les jeunes et il ne faut pas attendre le mois de juillet et la remise des diplômes pour engager les démarches, c’est aujourd’hui qu’il faut postuler.


Propos recueillis par Anne-Hélène Pommier Le 27/02/2009

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