Que s’est-il passé sur le front de l’emploi au cours de ces dernières années ? L’embellie amorcée, surtout pour les cadres, se confirme-t-elle ? Selon l’étude du Centre d’analyse stratégique, “Les secteurs créateurs d’emplois à court-moyen terme après la crise”, cette dernière n’a pas remis en cause l’essentiel des prévisions publiées en 2007, atténuant ou amplifiant “seulement” les effets de manière temporaire.
1. Les secteurs créateurs d’emplois
“Bonne nouvelle” : selon le Centre d’analyse stratégique, les destructions d’emplois ont été moins massives que les prévisionnistes ne le laissaient craindre : “l’économie française a détruit entre 450.000 et 550.000 emplois depuis le début de la crise”, chiffre reconnu comme considérable, mais “en deçà” des pronostics à la mi-2009, qui tablaient sur environ un million d’emplois détruits. Reste que l’étude prévoit prudemment “qu’en trois ans, on retrouve le niveau moyen d’emploi” d’avant la crise […]”.
Concrètement, 813.000 emplois devraient ainsi être créés dans les secteurs “porteurs” entre 2010 et 2015, contre 318.000 détruits dans les secteurs “déclinants” (en premier lieu la fabrication industrielle) en prévoyant un taux de croissance “prudent” de 1,6 % par an de 2012 à 2015. Une reprise dont les effets ne sont cependant pas attendus avant quelques années.
En tête des secteurs créateurs d’emploi :
- les “services opérationnels” (sécurité, nettoyage, centres d’appels…), qui incluent les effectifs intérimaires, avec 218.000 créations d’emplois,
- la construction, “boostée” par le développement des filières dites vertes, avec 149.000 créations d’emplois,
- les secteurs “amont aux entreprises”, ingénierie, conseil et assistance : 106.000, recherche et développement : 11.000,
- les services à la personne (91.000), cette dernière augmentation s’effectuait jusqu’à présent dans un contexte fiscal favorable, qui a été revu depuis le début de l’année 2011,
- le commerce, commerce de détail et réparations : 71.000, commerce de gros : 41.000, commerce et réparation automobile : 20.000,
- l’hôtellerie-restauration (18.000).
2. Les métiers qui ont “tenu”
D’après une autre étude publiée par la Dares en octobre 2010, portant notamment sur les projets de recrutements des employeurs à la fin 2009, les 15 métiers “les plus recherchés” par les employeurs le sont restés au plus fort de la crise, qui a particulièrement marqué l’année 2009. Selon toute probabilité, ils le resteront encore dans les années à venir.
Parmi eux, des métiers qualifiés, notamment dans le domaine de la santé, mais également un grand nombre de postes ne nécessitant pas de diplôme de l’enseignement supérieur : serveurs, aides à domicile, ouvriers agricoles, agents d’entretien forment par exemple un “socle” de postes à pourvoir. Avec cependant une hausse générale des qualifications demandées dans tous les secteurs d’activité.
Des métiers “en tension” : employés de l’hôtellerie, serveurs de café-restaurant, cuisiniers… font toujours l’objet de difficultés de recrutement pour des employeurs qui proposent majoritairement des contrats saisonniers.
Idem pour les professions de service aux particuliers : aides soignants, aides à domicile… et des métiers qualifiés d’ingénieurs et de technico-commerciaux. Moins “rares”, les salariés agricoles et viticoles, les animateurs socioculturels, les aides de cuisine et les vendeurs en habillement.
Des métiers qui recrutent de façon permanente. Enfin, certaines fonctions sont recherchées quelle que soit la situation économique, et parviennent à être pourvues sans grande difficulté : il s’agit de métiers dits “opérationnels”, tels que les agents d’entretien ou administratifs comme les secrétaires bureautiques.
Des postes dans des secteurs en crise. Si certains domaines, comme le bâtiment et l’industrie, ont fortement souffert de la conjoncture, cela ne signifie pas que les postes y sont toujours pourvus aisément. Le recrutement de professionnels qualifiés du BTP ou de techniciens industriels (dans la maintenance notamment) font toujours l’objet de difficultés pour des employeurs. “4 projets de recrutement sur 10 y sont jugés difficiles”, souligne ainsi l’étude de la Dares.
3. Une embellie pour les cadres et les jeunes diplômés
Après une longue apathie, le marché de l’emploi cadre semble redémarrer depuis 2010, une tendance qui se confirme en ce début 2011, sur un large spectre de secteurs, y compris pour les jeunes diplômés.
Selon l’étude de l’Apec publiée en octobre 2010, “Marché de l’emploi cadre : l’embellie se confirme” :
- 43 % des entreprises prévoyaient de recruter des cadres dans le domaine commercial/vente au quatrième trimestre 2010,
- 31 % en administration, finance,
- 29 % en services techniques (qualité, achats, logistique, sécurité),
- 25 % en production, chantier,
- 21 % en informatique,
- 20 % en études techniques,
- 18 % en recherche et développement,
- 15 % en marketing/communication,
- 14 % en ressources humaines.
Un mouvement également constaté par d’autres observateurs, tels que le cabinet Expectra. Il définit, dans son étude, des métiers “en tension” dans la plupart de ces domaines, et met en évidence, pour certains d’entre eux, une tendance directement liée à la crise, qui est la difficulté de certaines PME industrielles à recruter, notamment dans le domaine de la recherche et développement : “Les professionnels préfèrent intégrer un grand groupe qui leur assurera une relative stabilité en cas de situation économique difficile, plutôt qu’une entreprise de taille moyenne qui risque de souffrir.”
Les secteurs qui recrutent le plus en 2011 selon Keljob.com
Le baromètre des offres d’emploi édité par le site Keljob.com, portant sur janvier 2011, montre une progression encourageante de certains secteurs par rapport à janvier 2009 et 2010.
Les 4 secteurs les plus porteurs par rapport à janvier 2010 en termes d’offres :
- conseil/consulting : + 57 %,
- informatique/télécoms : + 38 %,
- communication/publicité/média : + 29 %,
- santé/social : + 25 %.
Les 3 secteurs qui recrutent le moins
Le secteur public est en baisse régulière et le seul à présenter un solde négatif, avec – 25 % d’offres. Les secteurs les moins “performants” sont ensuite le secteur associatif (+ 14 % “seulement”) et les services aux entreprises (+18 %).
Dominique Perez : Janvier 2011Haut du formulaire
Recrutements : 2011, année de transition
Désormais tiré par des grands groupes, le volume des embauches devrait être stable. Parmi les secteurs porteurs, l'audit et le conseil, l'informatique, le parapétrolier et la banque de réseau.

Si 2010 a apporté son lot de bonnes surprises en matière d'emploi, prudence et modération sont les maîtres mots de cette nouvelle année qui pourrait constituer un palier.
«L'an dernier, le volume de nos missions a été de 20% supérieur à celui de l'année précédente au niveau du groupe, se félicite Éric Le Touzé, directeur général de Michael Page. Globalement, 2011 s'annonce comme une année de transition. Le niveau des recrutements devrait être équivalent ou peut-être légèrement inférieur à celui de 2010, comme souvent après une année de rebond consécutive à une crise.» Ayant soutenu l'emploi au plus fort de la crise, les PME continueront à recruter. D'autant que pour une TPE-PME sur trois, la reprise est confirmée, selon le dernier baromètre Agefos PME.
Créations de postes
Mais, depuis l'année dernière, ce sont plutôt les grands groupes qui tirent à nouveau le marché. Fait marquant: au-delà des remplacements, on observe à nouveau des créations de postes. «Les services et le green business, au sens large, ont été les plus actifs dans ce domaine et devraient le demeurer», assure Éric Le Touzé.
Autres secteurs porteurs, celui très dynamique de l'audit et du conseil ainsi que la banque de réseau qui s'est remise en marche. De son côté, l'industrie a retrouvé des couleurs. Ainsi, les secteurs parapétrolier et automobile (constructeurs mais aussi équipementiers) recrutent. «Dans l'automobile, les marchés émergents tirent la croissance, d'où des besoins en recherche-développement localisés en France», explique Éric Le Touzé.
Les entreprises clientes relancent leurs projets, l'informatique va poursuivre ses embauches. Dans la grande consommation et la distribution, des besoins existent également. Sans surprise, la demande portera notamment sur des cadres confirmés, des dirigeants et la priorité sera, cette année encore, donnée aux profils rapidement opérationnels. Mais les grands groupes n'ont pas renoncé aux jeunes diplômés et des secteurs leur sont largement ouverts.
Ainsi, chez Deloitte (expertise comptable, audit, conseil), les jeunes diplômés représentent 75% des recrutements. Pour 2010 (1), le cabinet tablait sur 800 nouveaux collaborateurs. Il en recrutera 1000 et prévoit d'en embaucher au moins autant en 2011. «À l'horizon 2015, nous avons l'ambition de dépasser les 9000 collaborateurs, soit au moins 2600 personnes supplémentaires, car, pour répondre à notre volonté de développement, il faudra engager beaucoup de talents», insiste Jean-Marc Mickeler, associé, responsable de la marque employeur.
Chez Areva, la stabilité des effectifs primera. «Après les embauches très importantes menées ces quatre à cinq dernières années, nous sommes maintenant dans une phase d'intégration», précise Jérôme Eymery, responsable du recrutement.
Le géant du nucléaire devrait néanmoins effectuer cette année quelque 3000 embauches (un tiers de jeunes diplômés), dont un millier en France, ses besoins étant centrés sur des profils techniques, à la fois en ingénierie et dans les unités de production. «Au total, 60% des embauches concerneront des ingénieurs ou des universitaires bac +5», souligne Jérôme Eymery.
De son côté, la franchise attire de plus en plus de candidats, notamment des salariés touchés par des plans de restructuration et des cadres en quête d'une reconversion professionnelle. Parmi les franchiseurs, certains, comme Del Arte (restaurants italiens et pizzerias), veulent passer à la vitesse supérieure. «Quinze à vingt ouvertures sont programmées cette année, ce qui nous permettra de franchir la barre des 100 restaurants, et nous visons 300 à 350 points de ventes d'ici à dix ans», annonce Nicolas Samson, responsable développement franchise.
Petit bémol. En 2010, sur les quinze ouvertures annoncées, seulement huit ont été réalisées. «Les autres ont été décalées, car la complexité de plus en plus grande des formalités administratives ainsi que la frilosité de certains bailleurs ou entrepreneurs, en raison de la crise, n'ont pas facilité les prises de décision», précise Nicolas Samson.
(1) Période allant de juin 2010 à mai 2011
Par
Bertrand Le Balc'h : 3 – 01- 2011
Cadre – jeunes diplômés : entreprises et secteurs qui recrutent en 2011